Mon ami allemand, Matti, m’avait prévenu, il ne serait pas là le 9 novembre prochain à Berlin lors de ma visite. Je trouve le propos indécent, presque anormal, surtout de la part d’un photographe sensé qui lit des bouquins d’Histoire et s’intéresse aux sciences politiques...
CLICHES !!
Pourtant à la première soirée de ce séjour Berlinois, des amis d’amis s’étonnent de me revoir de si tôt, deux fois en l’espace de deux mois…
ICH BIN EIN BERLINER !
Je rêve, ces personnes n’ont-elles à ce point aucune conscience politique, Historique et encore moins conscience de la portée symbolique de la ville dans laquelle elles vivent ? Malheureusement ma thèse sur Matti (il n’est PAS berlinois) semble ne plus tenir puisque ceux qui se trouvent face à moi sont bien de purs natifs du coin (IDENTITE NATIONALE BONJOUR), à l’ouest ou à l’est peu importe, les discours sont les mêmes, celle d’une union qu’il n’est plus utile de questionner, Berlin Ouest/Est n’est plus qu’une même entité et un seul Berlin est.
Alors, force est de constater qu’après avoir tergiversé sur le pourquoi des vacances un 9 novembre (MAIS QU’IL EST CON CELUI-LA !) un bref « Tu sais, l’anniversaire de la chute du Mur » didactique nous remet sur le droit chemin.
« Oui je sais bien, mais pourquoi ? » lance nonchalamment Georg (et à sa suite Laura, Daniel, David, Lisa, etc.)
ALERTE ALERTE ALERTE
A première vue, soit tu ne lis pas les journaux, soit tu le fais exprès, soit tu te fous de ma gueule, rien ne prédestinait les 6 degrés berlinois à atteindre un seuil d’humour aussi profond…
Mais mon interlocuteur s’avèrant être dans le même cas que ces petits camarades, je sens que la personne décalée et naïve n’est pas en face de moi.
Alors, j’avoue, j’attends avec impatience la visite à mon ami Harald, berlinois de 67 ans, journaliste et critique littéraire, qui pourra enfin, lui, me sortir de ma stupeur et de l'ignorance environnante.
Harald a vécu la construction du Mur et sa chute, il organise un petit brunch entre habitués dans la librairie qu’il tient sur la Bundesallee à Friedenau dans Berlin (Ouest – on aime faire encore la comparaison). Qu’elle n’est pas ma surprise lorsqu’Harald dans son discours de bienvenue déclare que c’est parce que je lui ai demandé de passer cette journée du 9 novembre ensemble qu’il organise cette petite rencontre. Sinon il n’y aurait pas pensé lui même. Frayeur. Mais dans quel monde je vis ? Même Harald s’y met, les espoirs sont perdus. Doute. La situation est intenable…
Je me rue sur Internet. SARKOZY-BERLIN-MUR-ANNIVERSAIRE-FESTIVITES-20 ANS. Les gros titres sont tous là. Charlotte m'envoie déja une photo de la Brandenburger Tor (notre Arc de Triomphe) sous les sunlights multicolores, pour un peu Johnny, Tina et Julio vont débarquer en costume...
J'entends le feu d'artifice, au loin.
Ce soir mes amis berlinois n’ont rien de prévu que d’aller au cinéma, boire des verres au café d’en bas, peut-être (quand même !) essayer d’obtenir une place au concert de Charlie Winston et d’Ayo, et à part cet événement personne ne sait quelles sont les festivités liées au Jour J. Personne ne semble prévoir d’assister au discours d’Angela, de Nicolas, Vladimir, Lech ou Gordon. En revanche ils étaient nombreux pour U2 mercredi dernier. Personne ne semble avoir la moindre connaissance d’une ligne de dominos qui écroulera les uns après les autres des bouts de murs, personne ne semble avoir vu les anges perchés dans le ciel Berlinois aujourd’hui. Personne sauf les milliers de touristes venus pour l’occasion, personne sauf cette sympathique touriste Québecoise et mon ami français qui se sont inscrits depuis plusieurs semaines au Flash Mob spécial reconstitution du Mur de Berlin (il n'ira finalement pas), personne sauf des milliers de parapluies au coude à coude sur Unter den Linden, les mêmes mais en plus déguisés donc, que ceux qui ont vu les anges, les dominos, Sarko et sa bande…
Je ne regrette pas d’être à Berlin aujourd'hui, j’aurai beaucoup appris. Ce soir, Laura est au cinéma, Georg et Daniel vautrés dans le canapé du café d’en bas, Harald sera parti se coucher tôt après la fermeture de la librairie, David tient la réception de l’hôtel, Lisa est retournée chez elle car elle n’a pas réussi à entrer au concert (les touristes pensent toujours à réserver eux), et demain sera un autre jour du quotidien de Berlin…
Aujourd’hui des Palestiniens ont détruit un pan de « leur » Mur en écho à cette date anniversaire du 9 novembre 1989. Plutôt que de fêter en masse les souvenirs rappelons-nous qu’il reste encore des murs à abattre…et que les Berlinois se sont unis dans l’abstention à une commémoration en grande pompe qui n’a donc de sens que politique. Qu’à cela ne tienne, il restera à Angela une solution toute faite prête à l’emploi disponible chez son voisin et en libre circulation- tel un sachet de soupe lyophilisé pour faire rebouillir la marmite – un débat sur l’identité berlinoise pour le 9 novembre 2010 ?
Berlinoisement...
Z
























