mardi 10 novembre 2009

L’anniversaire de la chute du Mur de Berlin, un tapage certes mais sans berlinois ?

Mon ami allemand, Matti, m’avait prévenu, il ne serait pas là le 9 novembre prochain à Berlin lors de ma visite. Je trouve le propos indécent, presque anormal, surtout de la part d’un photographe sensé qui lit des bouquins d’Histoire et s’intéresse aux sciences politiques...

CLICHES !!

Pourtant à la première soirée de ce séjour Berlinois, des amis d’amis s’étonnent de me revoir de si tôt, deux fois en l’espace de deux mois…

ICH BIN EIN BERLINER !

Je rêve, ces personnes n’ont-elles à ce point aucune conscience politique, Historique et encore moins conscience de la portée symbolique de la ville dans laquelle elles vivent ? Malheureusement ma thèse sur Matti (il n’est PAS berlinois) semble ne plus tenir puisque ceux qui se trouvent face à moi sont bien de purs natifs du coin (IDENTITE NATIONALE BONJOUR), à l’ouest ou à l’est peu importe, les discours sont les mêmes, celle d’une union qu’il n’est plus utile de questionner, Berlin Ouest/Est n’est plus qu’une même entité et un seul Berlin est.

Alors, force est de constater qu’après avoir tergiversé sur le pourquoi des vacances un 9 novembre (MAIS QU’IL EST CON CELUI-LA !) un bref « Tu sais, l’anniversaire de la chute du Mur » didactique nous remet sur le droit chemin. 

« Oui je sais bien, mais pourquoi ? » lance nonchalamment Georg (et à sa suite Laura, Daniel, David, Lisa, etc.)

ALERTE ALERTE ALERTE

A première vue, soit tu ne lis pas les journaux, soit tu le fais exprès, soit tu te fous de ma gueule, rien ne prédestinait les 6 degrés berlinois à atteindre un seuil d’humour aussi profond…

Mais mon interlocuteur s’avèrant être dans le même cas que ces petits camarades, je sens que la personne décalée et naïve n’est pas en face de moi. 

Alors, j’avoue, j’attends avec impatience la visite à mon ami Harald, berlinois de 67 ans, journaliste et critique littéraire, qui pourra enfin, lui, me sortir de ma stupeur et de l'ignorance environnante.

Harald a vécu la construction du Mur et sa chute, il organise un petit brunch entre habitués dans la librairie qu’il tient sur la Bundesallee à Friedenau dans Berlin (Ouest – on aime faire encore la comparaison). Qu’elle n’est pas ma surprise lorsqu’Harald dans son discours de bienvenue déclare que c’est parce que je lui ai demandé de passer cette journée du 9 novembre ensemble qu’il organise cette petite rencontre. Sinon il n’y aurait pas pensé lui même. Frayeur. Mais dans quel monde je vis ? Même Harald s’y met, les espoirs sont perdus. Doute. La situation est intenable…

Je me rue sur Internet. SARKOZY-BERLIN-MUR-ANNIVERSAIRE-FESTIVITES-20 ANS. Les gros titres sont tous là. Charlotte m'envoie déja une photo de la Brandenburger Tor (notre Arc de Triomphe) sous les sunlights multicolores, pour un peu Johnny, Tina et Julio vont débarquer en costume...

J'entends le feu d'artifice, au loin.

Ce soir mes amis berlinois n’ont rien de prévu  que d’aller au cinéma, boire des verres au café d’en bas, peut-être (quand même !) essayer d’obtenir une place au concert de Charlie Winston et d’Ayo, et à part cet événement personne ne sait quelles sont les festivités liées au Jour J. Personne ne semble prévoir d’assister au discours d’Angela, de Nicolas, Vladimir, Lech ou Gordon. En revanche ils étaient nombreux pour U2 mercredi dernier. Personne ne semble avoir la moindre connaissance d’une ligne de dominos qui écroulera les uns après les autres des bouts de murs, personne ne semble avoir vu les anges perchés dans le ciel Berlinois aujourd’hui. Personne sauf les milliers de touristes venus pour l’occasion, personne sauf cette sympathique touriste Québecoise et mon ami français qui se sont inscrits depuis plusieurs semaines au Flash Mob spécial reconstitution du Mur de Berlin (il n'ira finalement pas), personne sauf des milliers de parapluies au coude à coude sur Unter den Linden, les mêmes mais en plus déguisés donc, que ceux qui ont vu les anges, les dominos, Sarko et sa bande…

Je ne regrette pas d’être à Berlin aujourd'hui, j’aurai beaucoup appris. Ce soir, Laura est au cinéma, Georg et Daniel vautrés dans le canapé du café d’en bas, Harald sera parti se coucher tôt après la fermeture de la librairie, David tient la réception de l’hôtel, Lisa est retournée chez elle car elle n’a pas réussi à entrer au concert (les touristes pensent toujours à réserver eux), et demain sera un autre jour du quotidien de Berlin…

Aujourd’hui des Palestiniens ont détruit un pan de « leur » Mur en écho à cette date anniversaire du 9 novembre 1989. Plutôt que de fêter en masse les souvenirs rappelons-nous qu’il reste encore des murs à abattre…et que les Berlinois se sont unis dans l’abstention à une commémoration en grande pompe qui n’a donc de sens que politique. Qu’à cela ne tienne, il restera à Angela une solution toute faite prête à l’emploi disponible chez son voisin et en libre circulation- tel un sachet de soupe lyophilisé pour faire rebouillir la marmite – un débat sur l’identité berlinoise pour le 9 novembre 2010 ? 

Berlinoisement...

Z

lundi 13 juillet 2009

La vida en Rosa

La brésilienne Renata Rosa était l’invitée du festival « Musique et Jardins » dans le 18ème arrondissement de Paris samedi 11 juillet aux arènes de Montmartre. 

A priori tout rayonne en elle, son sourire, les vêtements chatoyants qu’elle porte et qui la subliment -ou est-ce l’inverse ?- mais c’est avant tout d’une voix hypnotique que Renata Rosa séduit son public en quelques secondes. Les arènes de Montmartre n’ont d'yeux que pour elle et ses musiciens en l’espace d’une heure et demie festive devant une assemblée qui ne cesse d’augmenter au fil des minutes.

À pas de velours elle se glisse sur le devant de la scène et entonne instantanément à capella. Le timbre de Renata Rosa résonne dans l’arène, le poil se hérisse et le public est suspendu. Quand Renata Rosa déploie sa grâce, il est difficile de décrocher. La chanteuse brésilienne née à Sao Paulo donne à voir et à entendre une musique viscérale largement inspirée des mélodies du Pernambuco, région du Nordeste brésilien. Grâce à sa voix divine, Renata Rosa envoûte et fait voyager son public, le trimbalant de mélodies aériennes en rythmes roboratifs, dans un ensemble souvent sensuel.

D’ailleurs, dès qu’elle en a l’occasion la chanteuse rappelle les origines de ses compositions - cavalo marinho, côco et maracatu rural- issues des traditions folkloriques nordestines, mélangées à des sonorités plus modernes ou puisées dans les chants du monde qui l’influencent. L’univers de Renata Rosa ne s’arrête donc ni aux portes du Brésil ni à la musique, et la prestation scénique se meut en témoin de la créativité de ces jeunes brésiliens. Devant un auditoire timide, la chanteuse invite à danser et s’abandonne, portée par l’élégance de ses quatre musiciens et percussionnistes. Les fidèles agissent, formant une jolie vague d’ondulations corporelles face à la scène. 

La rabeca (violon rural) en mains, Renata Rosa effleure le sol de ses sandales rouges, esquisse volontiers quelques pas de danse partagés avec son acolyte « Pepe » (photo ci-dessus à droite), le séduisant joueur de viola, cavalo et bandola, et la conquête du public s’impose d’elle-même. A l'issue du rappel, les musiciens terminent leur danse dans la foule, laissant l’impression d’un groupe uni et intuitif, qui aura séduit plus d'un non-initié. Aussitôt le concert fini, une file se masse à la sortie des arènes devant le point de vente des albums, comme l'ultime révérence d'un public qui en redemande.

Albums de Renata Rosa : « Zunido da Mata » et « O Manto Dos Sonhos » chez Outro Brasil

A écouter http://www.myspace.com/renatarosa



lundi 29 juin 2009

Campagne européenne culottée des socialistes catalans

C’est avec une mine ébahie que j’ai découvert la campagne européenne lancée par le PSC (Partido de los Socialistas de Catalunya) en terre catalane, au mois de mai…j’ai donc mené mon enquête à mon retour bien que peu renseignée par les archives de la presse espagnole. Les informations ci-dessous sont donc majoritairement tirées du seul article trouvé sur le sujet « El PSC contrapone 'su' Europa con la de Berlusconi y Aznar » paru sur www.elmundo.es le 14 mai dernier.

Quand le PSC fait campagne aux européennes ça ne passe inaperçu, pourtant l’écho n’a pas retenti Outre-Pyrénées malgré la démarche atypique plutôt sarcastique d’une campagne de gauche portant les visages de Chirac et Berlusconi, entre autres.

Les drapeaux sont en berne en ce joli mois de mai à Barcelone, les balcons fleuris de tissus à l’effigie du FC Barcelone, chacun attend la finale de la Coupe d’Europe avec un entrain palpable et, parmi les couleurs locales, les drapeaux rouge du PSC flottent paisiblement dans la douceur du vent catalan.

Indifférence générale ou simple accoutumance à cette campagne diffusée à la mi mai?  Dans les rues, personne ne semble prêter une attention particulière à ces visages alignés, lampadaire après lampadaire, sur les avenues principales de grandes villes comme Barcelone ou Sitges.

Pourtant ils sont là, étrangers du paysage local, le regard vide, les traits tirés en noir et blanc sur fond de rouge criard : le premier ministre italien Silvio Berlusconi, les ex présidents français Jacques Chirac,  espagnol José Maria Aznar, et américain Georges Bush, et le président polonais Lech Kaczynski. Les grands leaders de droite flottent dans le ciel catalan et ça sent la farce. A gauche on lit ce slogan: « Ceux qui nous ont mis dans la crise peuvent-ils nous en sortir ? », signé du PSC.

La connotation est simple « Si vous ne voulez pas qu’ils règnent, allez voter ! ».

Le 14 mai dernier, lors de la présentation de la précampagne européenne du PSC, une phrase surplombe les visages « Eux aussi veulent changer le monde ». Malgré une démarche plus européenne et internationale, ce slogan s’aligne dans la même veine que « Si tu n’y vas pas (sous entendu, voter), ils reviennent! » utilisé par les socialistes lors des élections générales en Espagne.

En pleine campagne européenne le PSC frappe donc fort. « Ca pourra en choquer plus d’un, mais c’est ainsi » a déclaré le secrétaire de l’organisation du PSC, José Zaragoza, opposant ses positions à la droite européenne et notamment à celles défendues par le Partido Popular (PP)* de Jaime Mayor Oreja**. Zaragoza explique alors l'une des raisons de son offensive « l’image modérée disparaît quand on écoute les propos d’Oreja (…) qui dit que l’immersion linguistique dans les écoles catalanes est l’immersion de l’ignorance ». 

Si la gauche européenne a manqué son heure à l'issue des élections européennes, la verve du PSC a payée en Catalogne. Le parti (PSC - PSOE***) remporte les votes à 35,86% des voix contre 18% pour le PP dans la même région, preuve que le flegme des passants catalans est trompeur. En Espagne, le PP a toutefois vaincu les suffrages nationaux à 42,23% face à 38,51% pour le PSOE, un score cela dit bien plus digne que notre PS et ses 16,48% de voix. 


Source élections en Espagne

Source élections en Catalogne

*Ancien parti de J.M Aznar actuellement dirigé par Mariano Rajoy.

** Tête de liste du PP aux élections européennes de 2009

*** Le Partido Socialista Obrero Espanol (Equivalent du Parti Socialiste en France)

vendredi 5 juin 2009

Goût amer sur le palais

La vue des menottes remue mes entrailles et mon cœur se soulève, l’envie de vomir m’étreint.
- « Ils sont en retard à Fresnes »
Ici, ça s’agite dans les couloirs du palais, le marbre est pâle, neutre, terne, il règne comme une odeur de terreau et de souffre, étouffant l’air, presque absurde. Le cœur lève. Il surplombe l’assemblée dans toute sa hauteur, lui, le détenu, mal à l’aise dans ses menottes, bras tendus, coudes recourbés. Ces chiens. Ces chiens attachés par les mains à un bout de ficelle, tirés en esclaves par des maîtres qui montent la garde, avant d’être jetés devant les maîtres de leur sort. Mon estomac grogne, l’attente, l’observation. On m’a placée là, ça aurait pu être ailleurs. Elle est assise à côté de moi, ne m’a pas reconnue, ne me connaît pas. La juge passe: - « Fresnes ? »
- Toujours sur la route, lui répond-on
Fresnes, une métonymie, lourde. J’imagine le lac de Fresnes, les vacances à Fresnes, les randonnées de Fresnes, le camping de Fresnes, pourquoi pas si Fresnes n’était pas. J’ouvre mon livre, on nous dit qu’il y a du retard, Il neige dans la nuit, quel hasard.

Dimanche
Aujourd’hui c’est dimanche
Pour la première fois aujourd’hui
Ils m’ont laissé sortir au soleil
Et moi,
Pour la première fois de ma vie,
M’étaonnant qu’il soit si loin de moi
Qu’il soit si bleu,
Qu’il sit si vaste
J’ai regardé le ciel sans bouger.
Puis je me suis assis à même la terre, ave respect,
Je me suis adossé au mur blanc.
En cet instant, pas question de gamberger.
En cet instant, ni combat, ni liberté, ni femme.
La terre, le soleil, et moi.
Je suis heureux.

Nâzim Hikmet, Il neige dans la nuit et autres poèmes

mercredi 3 décembre 2008

mercredi 19 novembre 2008

dimanche 16 novembre 2008

Luz en Paris





Salle de travail, Bibliothèque Nationale de France Richelieu